Les procès-verbaux du Bureau des longitudes

Les expéditions polaires de Paul Gaimard

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Frédérique Rémy

(CNRS - Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales)

Publié le 18/05/2018

Procès-verbal du 20 septembre 1837

Procès-verbal du 20 septembre 1837.

1837. L’explorateur Paul Gaimard, président de la commission scientifique d’Islande et du Groenland depuis 1829, vient d’effectuer deux voyages polaires de recherche dans ces pays et s’apprête à repartir vers ces contrées. Officiellement, l’une des raisons de ses missions est de partir à la recherche de l’expédition de Jules de Blosseville. Celui-ci relève les côtes du Groenland en août 1833 lorsqu’il est pris par les glaces. Il envoie alors un rapport dans lequel il signifie son intention de retourner avec prudence finir ses observations. Lors de la séance du Bureau des Longitudes du mercredi 21 août 1833, François Arago communique les résultats de Blosseville, notamment ceux sur l’intensité et l’inclinaison magnétique. Les membres du bureau ne se doutent pas que ce rapport est le dernier de l’explorateur et qu’il ne donnera plus jamais de nouvelles.

Paul Gaimard n’a donc pas trouvé de traces de l’expédition mais en revient avec de nombreux résultats scientifiques. Il tient à repartir visiter la Scandinavie, la Laponie, le Spitzberg et les Îles Féroé et veut asseoir sa stature scientifique. Le roi Louis-Philippe, plusieurs ministères dont celui de la Marine, la commission scientifique dirigée par Gaimard lui-même et diverses institutions participent à la définition des instructions pour son voyage. Gaimard ne les suivra pas beaucoup mais, en revanche, sollicitera l’avis de plusieurs membres du Bureau des Longitudes.

Le mercredi 20 septembre 1837, le bureau se réunit et lit les notes écrites à ce sujet par Félix Savary et Louis de Freycinet, président du Bureau des longitudes. Après délibération, il décide de les transmettre à Gaimard. Félix Savary est un astronome. Il suggère à Gaimard de faire des observations magnétiques, notamment de mesurer les variations diurnes d’inclinaison et de déclinaison, avec un soin particulier pendant les jours les plus courts et les plus longs. Il demande surtout de surveiller tous mouvements brusques de l’aiguille aimantée pendant l’apparition des aurores boréales. L’observation des marées et des courants marins fait aussi partie de ses recommandations.

Louis de Freycinet est géologue et géographe, il a participé à l’expédition australe dirigée par le commandant Baudin de 1800 à 1803. Il a déjà été en contact avec Gaimard pour ses deux premières expéditions en Islande et au Groenland. Il lui avait suggéré alors de faire des observations de météorologie et de marées. La longue liste hétéroclite de ses recommandations pour l’expédition suivante aurait pu occuper une armée de scientifiques pendant quelques décennies… : levée des cartes et des plans, position des phares, température de l’air et de la mer, observations du baromètre et de ses variations diurnes, hauteur des neiges perpétuelles, pluie grêle, neige et grésil, direction et force des vents, heure d’apparition des étoiles filantes, azimut le plus élevé des aurores boréales, diamètre des arcs-en-ciel et halos, hauteur des vagues. Surtout, il lui demande d’essayer de se procurer les recueils d’observations météorologiques, les manuscrits peu connus, les livres scientifiques importants et « rares ». Voilà de quoi s’occuper pendant les longues nuits d’hiver… D’autant plus que Gaimard aimerait aussi comprendre pourquoi par endroit la côte scandinave s’enfonce sous l’eau ou au contraire se surélève. Ce curieux phénomène a fait l’objet d’une notice de l’Annuaire du bureau des longitudes pour l’année 1830 par Arago, intrigué, et le navigateur compte bien trouver des indices ou des récits permettant des mesures plus précises et plus denses.

Magdalena Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale

Magdalena Bay, vue prise de la presqu’île des tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale, tableau de François Biard pendant l’expédition de 1839, musée du Louvre, Paris.

Gaimard part de 1838 et 1839 sur la corvette La Recherche avec une équipe scientifique renforcée : géologues, philologues, astronomes, hydrographes, météorologues et autres spécialistes font partie du voyage. Les résultats scientifiques sont considérables. Le compte-rendu final, Voyage en Scandinavie, en Laponie, au Spitzberg et aux Feroë pendant les années 1838, 1839 et 1840, sur la corvette La Recherche fera 17 volumes auxquels seront ajoutés 5 volumes d’Atlas. Autre nouveauté de ce voyage : Gaimard insiste pour embarquer François Biard, peintre favori de Louis-Philippe. Sa très jeune future épouse, Léonie d’Aunet, se bat pour faire partie elle aussi de l’expédition. Ce sera la première femme à participer à une expédition terrestre et maritime à ces latitudes et elle écrira quelques années après son retour Voyage d’une femme au Spitzberg.