Les procès-verbaux du Bureau des longitudes

Rapport sur la mesure d'un axe de Méridien au Congo

Title Rapport sur la mesure d'un axe de Méridien au Congo
Rédacteur Abbadie, Antoine d' (1810-1897)
Contexte Volume 1886-1890
Date 1889-01-30
Identifier O1886_1890_201
Relation O1886_1890_200
Format 20,3 x 27,2 cm; image/jpeg;
Publisher Bureau des longitudes; Observatoire de Paris; Laboratoire d'Histoire des Sciences et de Philosophie - Archives Henri Poincaré (UMR 7117 CNRS / Université de Lorraine);
Rights CC BY-SA 3.0 FR
Transcription

[en marge : Pièce à annexer au procès-verbal de la séance du 30 Janvier 1889.]

Rapport sur la mesure d'un arc de Méridien au Congo par M. Bouquet de la Grye

Votre commission a examiné, de concert avec Mrs de Brazza et Bassot, les conditions dans lesquelles pourrait être accomplie la mesure d'un arc de méridien dans le Congo ; et, en se basant sur les renseignements qui nous ont été fournis par le Gouverneur de notre nouvelle possession, elle estime que cette mesure pourrait être faite dans des conditions relativement faciles.

Le Congo français étant en effet une terre conquise, non par les armes, mais par l'ascendant moral d'un officier à qui la postérité saura donner la place qu'il mérite, [barré : où] l'on n'y rencontre ni haine, ni souvenirs aigris d'une défaite, ni vaincus, ni race asservie ; la paix y règne presque sans besoin de police ; les populations sont de mœurs douces, et des déterminations scientifiques peuvent y être faites sans traîner avec soi une escouade de soldats ou de matelots européens pour protéger chaque géodésien.

De ce fait, résulte à la fois une grande facilité dans les déplacements et une notable économie dans les dépenses.

D'un autre côté, les renseignements sur la topographie du pays, qui nous ont été fournis par M. de Brazza, nous montrent qu'à partir de Brazzaville, et en remontant directement au Nord, on se trouve en présence d'une vaste étendue d'un pays presque dénudé, formé d'une série de plateaux séparés par des vallées d'érosion qui laissent à la région l'aspect d'une plaine un peu ondulée.

La végétation, concentrée presque entièrement dans les ravins, ne dépasse pas leur crête, de telle sorte qu'il leur sera possible d'avoir des visées très étendues.

Les triangles pourront s'allonger régulièrement depuis Brazzaville jusqu'à une distance de plus de 400 kil au Nord.

Dans cette zone, on trouvera des centres d'approvisionnement, non seulement dans la première localité que nous avons indiquée, mais aussi à mi-distance, à Franceville, à Diele Leketi et enfin, dans un dernier poste, à la limite Nord des opérations.

Un autre système de triangulation serait encore possible ; il consisterait à se servir du grand fleuve comme artère principal et à opérer, en faisant le lacet sur ses deux bords. Si, dans ce cas, on ne suit pas exactement la direction d'un méridien, en revanche, on gagne une certitude [barré : de courbes visées] <de visées> (condition essentielle pour la rapidité de l'exécution), et aussi la facilité de se transporter, d'un point à l'autre de son travail, à l'aide de bateaux à vapeur qui font le service sur le Congo.

Le choix entre les deux systèmes pourrait être fait par le chef de la mission, si non avant le départ de France, (les renseignements explicites pouvant être obtenus difficilement), au moins dans les premiers jours de l'arrivée, et après une rapide excursion sur le fleuve.

Quant au mode d'opérer, il peut être conçu de deux façons différentes. On pourrait préparer, pour ainsi dire, le terrain dans une première campagne, faire la topographie du pays, choisir les stations, élever quelques signaux dans les endroits où le bois serait à portée, préparer, en somme, un canevas complet à l'aide d'une triangulation provisoire, régler la marche générale de l'opération subséquente ; puis, dans la campagne suivante, on reviendrait avec les instruments de haute précision et l'on opérerait alors sur un terrain connu, sans déboires possibles.

Dans cette seconde série d'observations, les visées seraient faites sur des signaux lumineux solaires ou artificiels, pour avoir le maximum de précision possible.

Si l'on opérait de cette manière, il serait nécessaire de composer la première mission, comme du reste la seconde, de trois observateurs habitués à faire des opérations de cette nature, connaissant bien les instruments et habitués aussi bien à prendre des angles au théodolite qu'à se servir de lunettes méridiennes.

La direction de chacune des missions devrait être confiée à un observateur rompu au métier.

Quelques renseignements particuliers peuvent être donnés pour la conduite de chacune des missions.

La saison sèche sur le plateau du Congo s'étend de Mai à Novembre. A partir de ce dernier mois, le temps devient variable, la pluie tombe par averses, après lesquelles le ciel devient clair. Cette saison d'hivernage ne ressemble pas à celle du Sénégal, ni même à ce que l'on ressent dans la portion du Congo voisine de la côte. Il pleut souvent, sans que la température ou l'humidité énerve les blancs au point de les rendre inhabiles à poursuivre tout travail.

L'altitude du plateau du Congo qui est de 600m environ, abaisse la température maximum qui dépasse rarement 35° et se maintient généralement au-dessous de 30°. Les nuits sont fraîches et belles. La saison sèche est une saison agréable. En résumé, on pourrait travailler géodésiquement, presque sans discontinuité, de Mai en Novembre, pendant sept mois ; et, à la rigueur, l'hivernage pourrait être, en partie, utilisé.

Si la première campagne devait être faite cette année, les missionnaires partiraient dans les premiers jours d'Avril, pour arriver à la fin du même mois à Loango. Là, ils trouveraient les porteurs au nombre de trente, organisés par les soins de M. de Brazza, et la caravane pourrait arriver à Brazzaville, vers la fin de Mai, moment où commenceraient les opérations.

Le bagage de la mission ne devrait pas excéder en poids 900 kil. pour le nombre de porteurs indiqué et chaque colis ne pèserait pas plus de 30 kilos.

M. de Brazza, dont le départ est prochain, devrait, du reste, être prévenu le plus tôt possible, pour qu'il prenne les dispositions nécessaires pour réunir les porteurs et les 12 laptots qui formeront la garde de la mission : soit quatre laptots par chaque observateur marchant isolément.

Il reste à indiquer le coût de cette première mission préparatoire, en ne comptant naturellement pas dans le total les appointements des officiers qui la composeraient, mais seulement leur nourriture et les suppléments pour dépenses diverses :

Equipement et suppléments pour 3 officiers

fr. 6000

Instruments

4000

Voyage aller et retour

6000

Nourriture

6500

Ensemble

22.500

Il faut ajouter à cette somme le paiement de trente porteurs pendant huit mois soit fr. 3600. M. de Brazza se chargerait de fournir les 12 laptots. Le Total serait donc de 26.100f et, en y ajoutant une provision de fr. 2.900, on aurait un total à débourser de fr. 30.000, c'est-à-dire une somme qui n'est pas supérieure à celle que l'on donne pour une mission diplomatique en Orient.

Il est vrai que ce premier travail ne serait que préparatoire et qu'une somme [barré : bien] plus considérable devrait être demandée pour l'envoi de la mission opérant à titre définitif.

A côté de ce mode d'opérer, qui est très régulier et qui offre cet avantage particulier de suivre la forme classique de la mesure des méridiens, il en est un second que l'un des membres de la commission croit devoir soumettre au bureau, en en détaillant les avantages.

Il semble presque indispensable que les missionnaires de la première heure soient ceux qui fassent le travail définitif. D'une part, la connaissance d'un pays, pas plus que la langue parlée des indigènes, ne se transmet pas dans un rapport ; celui qui a passé six mois dans une région ne s'étonne plus, il sait éviter les maladies, les accidents,

De nouveaux officiers obligés de s'enquérir auprès des laptots des emplacements spéciaux choisis, ou de courir, un instrument à la main, pour les retrouver, perdraient un temps précieux bien inutilement.

J'ajouterai qu'avec les instruments actuels, l'observation est facile, qu'elle demande seulement de la patience et que le coup d'œil du géodésien doit précisément deviner les vrais places de ses sommets de triangle ; on donnerait donc une importance moindre à la partie la plus délicate de l'opération.

Il faut dire aussi qu'il y a un intérêt sérieux à ne pas revenir en arrière dans un passage à travers un pays, en somme, quelque peu sauvage ; ajoutons, enfin, qu'un départ qui se ferait dans deux mois aurait des allures certainement bien précipitées, car il est bien difficile de songer à obtenir l'adhésion de trois ministères à si brève échéance.

Ces raisons, et d'autres, qui viendront facilement à l'esprit de mes confrères, me font penser qu'il serait beaucoup plus convenable de décider dès à présent que la mission sera demandée pour l'année 1890, qu'au lieu de trois officiers elle en comprendra cinq et que le travail sera poursuivi régulièrement et systématiquement par quatre stations simultanées, de telle sorte que les deux observateurs Sud viendront dépasser au Nord ceux qui avaient formé avec eux le quadrilatère. Une telle marche dans un pays favorable aurait de tels avantages, tant sous le rapport de la célérité, de l'économie que de la bonté des résultats, qu'il me semble utile de les signaler.

En premier lieu il n'y aurait aucun temps perdu : si l'on doit compter deux jours pour se rendre d'un point pair au point pair suivant (en estimant les côtés des triangles de 18K de longueur suivant le méridien), deux jours pour la construction du signal et trois jours pour l'observation et le temps perdu, on aurait parcouru un degré toutes les six semaines. La mesure de quatre degrés demanderait moins de six mois et chaque observateur restant douze jours dans la même station, aurait le temps d'y installer une lunette méridienne et d'y faire toutes mesures de latitude et d'azimuth.

Il y aurait aussi un grand intérêt, pour éviter à la fois de la fatigue et une surveillance continue, de fixer au dessous de la croisée du signal ou d'enfiler sur son sommet des portions de ces sphères argentées qui ont servi si utilement dans les dernières missions hydrographiques ; quel que soit le diamètre de la boule, comme on n'en prend que l'équateur, et qu'il peut être divisé en deux parties, on aura ainsi un miroir permanent visible, malgré la fraction utilisée à toute distance, et qui rendra l'observation bien facile, puisque l'on n'aura pas besoin d'avertisseur.

Tout, dans de telles conditions, doit donc marcher régulièrement et économiquement. Quelques chiffres vont montrer ce dernier point :

Les quatre observateurs couteraient pour équipement et suppléments

8000

Instruments

9000

Voyage aller et retour

8000

Nourriture

9000

50 porteurs

6000

10 laptots (en admettant que M. de Brazza en fournisse 10)

7000

4 timoniers pris à la station, expédiés antérieurement, nourriture et supplément

4500

Ensemble

51.500

Somme à valoir

3500

Total

55000

Tel est le prix auquel s'élèverait la mesure d'un arc de méridien au Congo, prix qui pourrait, en réalité, être diminué de 5000f si l'on pouvait <[barré : en]> faire prêter [barré : les] <quelques> instruments par les services Hydrographiques ou Géodésiques.

Quant au résultat, il est certain que ces mesures apporteraient un élément nouveau et des plus intéressants sur la forme de la terre.

A Bouquet de la Grye Antoine D'Abbadie

Type de document Procès-verbal
Transcripteur Muller, Julien
Commentaires Numéroté de 1 à 4.
Collection Volume 1886-1890
Citation “Rapport sur la mesure d'un axe de Méridien au Congo”, 1889-01-30, Les procès-verbaux du Bureau des longitudes, consulté le May 21, 2019, http://purl.oclc.org/net/bdl/items/show/4315
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