Les procès-verbaux du Bureau des longitudes

Séance du 22 juin

Titre Séance du 22 juin
Contexte Registre 1827-1844 (copies)
Date 1836-06-22
Rédacteur inconnu
Identifiant C1827_1844_448
Relation O1829_1843_392
Format 24,5 x 38,5 cm; image/jpeg;
Éditeur Bureau des longitudes; Observatoire de Paris; Laboratoire d'Histoire des Sciences et de Philosophie - Archives Henri Poincaré (UMR 7117 CNRS / Université de Lorraine);
Droits CC BY-SA 3.0 FR
Transcription

Les transcriptions ont été effectuées à partir des procès-verbaux originaux. De légères différences peuvent exister entre ces transcriptions et le texte des copies. Pour plus de détails, voir la présentation du corpus.

 

Séance du 22 juin 1836

 

Le procès-verbal de la séance précédente est lu et adopté.

Le Bureau reçoit les ouvrages suivants : journal de la Société de géographie de Londres, volume 6ème, 1ère partie ; Bulletin de la Société de géographie, numéro de mai.

On parle de l'impression de la Connaissance des tems. Le calendrier est très avancé. Quant aux additions, M. Biot va s'occuper de rédiger pour la fin de juillet son mémoire sur les réfractions. M. Poisson donnera un extrait de ses dernières recherches sur les formules de probabilité. M. Poisson s'engage à donner en outre une note sur ce que l'on peut entendre par la chaleur de l'espace. M. Arago fera insérer une traduction du mémoire de M. Bessel sur les apparences de la comète. M. Daussy achève pour les additions une note sur les marées.

M. Bouvard présente le tableau du mouvement de la population. On remarque un département, Tarn-et-Garonne, où se trouvent inscrits 60 décès de centenaires. Ce nombre dépassant de beaucoup les limites ordinaires, on demandera des renseignements nouveaux au préfet.

M. Arago annonce qu'il est convenu avec M. Bachelier qu'aucun des exemplaires de l'Annuaire distribués par le Bureau ne lui sera payé désormais.

M. Bouvard va remettre à l'imprimerie le calendrier de l'Annuaire.

M. Bouvard communique une lettre qu'il a reçue de la 3ème division du ministère de l'Instruction publique. On lui renvoie avec cette lettre des quittances données pour acomptes de travaux. On ne peut ordonnancer le payement sous cette forme. Le Bureau décide que l'on indiquera comme objet de cette dépense une portion déterminée des travaux : dans le cas actuel, les 6 microscopes du nouveau mural.

M. Poisson pense que l'observation du capitaine Back[1] n'étant qu'un cas accidentel, ne peut donner une limite de la température de l'espace.

M. Arago croit au contraire qu'un corps en communication par voie de rayonnement avec l'espace ne peut descendre au-dessous de la température de cet espace environnant. Il avait autrefois admis une limite beaucoup moins élevée d'après des observations qui ne donnaient pas d'aussi grands froids.

M. Poisson répond que les changements de température de la terre provenant de l'espace seraient insensibles.

M. Arago fait remarquer que l'on ne connaît cependant d'autre cause de refroidissement aux pôles que le rayonnement vers l'espace.

M. Poisson indique comment il est arrivé à ce qu'il regarde comme la température de l'espace. Il a tenu compte de la quantité de chaleur que le soleil envoie et de la variation de température à différentes profondeurs. La température à la surface dépend du soleil et du rayonnement. On pourrait la déduire de ces deux causes si elles étaient connues. On peut donc réciproquement supposer connue la température à la surface, l'action du soleil l'étant aussi, trouver la partie qui dépend du rayonnement et par suite la chaleur de l'espace. On néglige à la vérité l'échange avec l'atmosphère. Mais cette cause probablement faible ne pourrait qu'élever la limite – 13°. La variation intérieure n'est bien connue qu'à Paris ; si elle était donnée à l'équateur et qu'on trouvât un résultat différent de celui de Paris, il faudrait en conclure que l'absorption de la chaleur stellaire n'est pas la même en tous les points de la surface du globe.

M. Arago observe que les climats où le ciel offre constamment une couche de nuages offriraient un résultat tout à fait différent des climats où l'atmosphère constamment sereine n'arrêterait en aucune manière les rayons frigorifiques. Lima est dans le premier cas.

Mais au contraire, c'est par cette différence de transparence pour les rayons de chaleur ou frigorifiques que l'on peut déjà expliquer les faits connus, l'abaissement de chaleur au pôle où il semble que l'atmosphère laisse plus facilement passer les rayons du soleil et ceux qui rayonnent vers l'espace. Comment un corps s'abaisserait-il au-dessous de la température de ceux avec lesquels il est en regard ?

M. Poisson revient sur l'échange de température entre la surface du globe et les couches atmosphériques. Il a supposé cet échange total nul, mais il doit dans tous les cas avoir peu d'effet.

M. Biot demande si l'on entend bien par température de l'espace celle que marquerait un thermomètre placé très loin des corps solides rayonnants.

M. Poisson explique comment il entend que l'espace puisse avoir une température qui n'est pas très basse et comment cependant il y a dans l'atmosphère de grands froids. Les dernières couches d'un fluide ne peuvent se terminer que là où elles ont perdu toute leur élasticité ; que par conséquent, bien que dans une enceinte plus chaude, ces dernières couches sont très froides.

M. Biot et M. Arago discutent les idées d'Herschel père et fils sur la position du système solaire dans la Voie lactée ; il serait excentrique et plus voisin de la bifurcation.



[1] Sir George Back (1796-1878) prit part aux expéditions de Buckan aux Spitzberg (1818) et de Franklin (1820, 1825-1826), puis fut chargé en 1833 de partir à la recherche du capitaine Ross dont on était sans nouvelle depuis 1829. Il se rendit au fort Résolution, sur le lac de l'Esclave ; ayant appris le retour de Ross, il résolut de continuer son voyage jusqu'à l'océan Glacial pour lui donner une utilité scientifique, longeant le fleuve auquel son nom fut donné, fit d'importantes observations météorologiques et magnétiques, et découvrit la Terre du roi Guillaume. Le récit de cette expédition parut à Londres en 1836. Son second voyage, réalisé en 1836, fut moins heureux : voulant aller vers l'Ouest de la baie d'Hudson à l'Océan glacial, Back fut arrêté par les glaces.

Type de document Procès-verbal
Transcripteur Feurtet, Jean-Marie
Collection Registre 1827-1844 (copies)
Citer ce document “Séance du 22 juin”, 1836-06-22, Les procès-verbaux du Bureau des longitudes, consulté le 19 juillet 2018, http://purl.oclc.org/net/bdl/items/show/8965
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